Stratégie : Information/Consultation sur la stratégie de l’entreprise (bloc 1, volet 1)
Quatre ans que l’entreprise Orange subit la politique menée par la Directrice Générale Christel Heydemann. Le personnel est quant à lui un modèle de résilience, capable de surmonter des situations déstabilisantes provoquées par des stratégies hasardeuses de ses PDG.
Aujourd’hui d’une moyenne d’âge élevée, plus du tiers des effectifs a plus de 55 ans. Une longue suite de traumatismes sur 25 ans, la dette colossale et historique contractée par Michel Bon, suivie des périodes sombres de plans d’économies de Thierry Breton et Didier Lombard aux dépens du personnel, et un record de 31 500 emplois supprimés en 10 ans par Stéphane Richard.

Même pas de répit pendant les JOP de 2024, la déflation des effectifs continue, un défi pour le personnel d’Orange, resté remarquable par la qualité, la fiabilité, la performance et la sécurité de ses prestations technologiques pour Orange. Force est de reconnaître son professionnalisme, puisque ces JOP ont été un succès à 3 milliards de téléspectateurs·trices. Et on veut se séparer de Globecast, c’est incompréhensible !
L’appât du gain et la valorisation des stocks option sont les priorités chez Orange. Aucune empathie donc, de la part de la direction de Christel Heydemann pour le personnel, par le lancement d’un premier plan stratégique d’austérité interne _Lead the future_ : les activités sont méthodiquement dispersées, leurs composantes fragmentées, les directions géographiques sont réduites à quelques salarié·e·s, la proximité et les bassins de vie disparaissent, les métiers sont regroupés par directions nationales, en silo. Sous prétexte de revenir au cœur de l’activité d’opérateur de téléphonie, deux filiales, OCS et Orange Bank, sont bradées et quasiment données aux amis du CAC 40. Le point d’orgue de cette dérive fut d’initier le premier plan antisocial, un Plan de Départs Volontaires chez SCE (Service Clients Entreprises), une division nationale du groupe, avec départs forcés et reclassements contraints.
Les effets se font ressentir aussi d’une GEPP inique (Gestion des Emplois et Parcours Professionnels) dont l’objectif est une entreprise restreinte à 35 000 salarié·e·s avant 2030. La direction met en œuvre un plan de déstabilisation de plus de 20 000 salarié·e·s appelé cyniquement REGAIN dès mars 2026.
Sur fond de restructurations permanentes, la Directrice Générale nous a présenté sa nouvelle stratégie industrielle jeudi 19 février 2026.
Une stratégie d’opportunisme sans boussole éthique.
Nous en avons d’ores et déjà quelques avant-goûts amères, l’entreprise ambitionne d’être la première opératrice de téléphonie en Europe, elle rachète les 50 % de l’espagnol MasOrange qu’elle avait préféré ne pas acquérir lors de la fusion avec MasMovil, maintenant que le plan social qui a permis de sabrer dans les effectifs sans se salir les mains est terminé…"

La seconde stratégie « Trust the future », la continuité du plan d’austérité «Lead the future».
Un exercice de communication, donc le 19 février dernier, un texte tronqué aux mots creux à la « manière Orange », un mémoire de résultats économiques, certes, il faut plaire au marché !
Faute d’insister sur ces performances peu reluisantes, la direction communique sur les brillants indicateurs financiers, sous-tendus par un leitmotiv : la « forte efficacité sur les coûts ». Traduction : puisqu’on ne sait pas augmenter le CA en France ou à OB, on applique la vieille recette financière : faire baisser les charges, de personnel, les achats et les investissements, ce qui permet d’afficher un EBITDAal- eCAPEX en hausse de 2,9% en France ! Il y a des dirigeant·e·s d’entreprise qui ont des stratégies de croissance et d’innovation, il y a ceux et celles qui ne savent que réduire les coûts et presser, on sait dans quelle catégorie se situe Mme Heydemann !
Grosse ombre au tableau, l’endettement progresse à 22,5 milliards d’euros dont 2,4 milliards de dividendes dus aux actionnaires. Il représente plus de 6 mois de Chiffre d’Affaire groupe et 3 ans du Chiffre d’Affaire Afrique Moyen-Orient, ça fait un paquet d’Orange Money en Afrique ! Quant aux capitaux propres, sous l’effet d’un montant de dividendes 2 fois supérieur au résultat, ils baissent de plus de 2 milliards d’euros en 2025 !
On n’a pas d’idées, mais on sait faire du pognon…

Mettons de côté cette désagréable sensation d’écouter un étudiant ou une étudiante de Sup de Co présenter un mémoire de stage de 2ème année, le nouveau plan stratégique scénarisé par Mme Heydemann ne recèle aucune surprise ou rupture par rapport au plan précédent et se résume très vite en une phrase du plan :_ « La création de valeur durable est la boussole du Groupe. Trust the future soutiendra une croissance profitable et durable, avec une accélération de la génération de cash-flow par rapport au plan Lead the Future. »_
En clair, Orange va continuer de se séparer de ses actifs non profitables, de réduire les coûts, de baisser ses investissements pour pouvoir augmenter l’EBITDAl, le cash-flow, et… les dividendes aux actionnaires ! Ce dividende représentera en 2028 une charge de plus de 2,2 milliards d’euros (5,6% du CA 2025 !) rien que pour les dividendes versés aux propriétaires de la maison-mère ! Avec un endettement qui va continuer d’augmenter bien sûr…
Mais surtout une stratégie dévoilée avec nombres d’omissions bien gênantes :
Bien dissimulée, la dépendance irresponsable du Système Informatique interne d’Orange à Microsoft, une faille pour une cybersécurité tant vantée. Un élément de langage, le marché de la Cybersécurité serait relancé avec OB grâce au “super pouvoir d’Orange” (dans le texte de la déclaration au personnel), «la confiance ».
Sans doute à “la manière de” notre Directrice Générale, de l’enfumage associé à une amnésie sélective… :

Malgré le rappel dans ce speech de la pseudo devise d’Orange « attentionnée, responsable et audacieuse», l’abandon de la filiale stratégique Globecast est tactiquement un désengagement IRRESPONSABLE… Des députés, la SGDSN (secrétariat générale de la défense et de la sécurité nationale) et l’armée, la Marine s’en inquiètent, ce serait sacrifier la souveraineté nationale sur tout un réseau de téléports satellites et de milliers de km de fibres optiques ! Pour rappel Orange est encore détenu à 23% par l’Etat.
Oublié, le partenariat AUDACIEUX avec J.F. Fallacher devenu directeur général d’Eutelsat… l’ex-cadre dirigeant d’Orange devait pourtant être un atout en reprenant la direction des infrastructures satellitaires d’Eutelsat, un garant de la souveraineté européenne…
Balayé l’ancrage européen donc. Pas un mot, même en anglais, sur le réseau satellitaire IRIS “made in Europe”, prévue pour être déployé d’ici 2030.

Risqués, les montages financiers en cours, par le cumul de fusions-acquisitions, notamment la totalité de la filiale espagnole MasOrange, et les transactions et les surenchères de la vente à la découpe SFR… Cette acquisition conjointe avec Bouygues Télécom et Iliad n’est pas très «attentionnée», mais c’est bel et bien du dépeçage d’un opérateur téléphonique orchestré par son actionnaire principal… et aux dépens des salarié.es.
Pas très loquace, la Directrice Générale, quant aux expérimentations de SMS “de l’espace” par la constellation américaine Skylo, depuis novembre 2025…
Sans doute pour échapper au scandale, elle n’a pas annoncé, non plus, le partenariat envisagé avec le réseau satellitaire de Musk, par le biais de la filiale espagnole MasOrange… Une alliance honteuse sans doute ?
Outre ce pari risqué de recourir au “Direct To Cell” de Starlink, ce serait également une baisse en gamme et de qualité par rapport aux réseaux terrestres existants… une dépendance à l’inconstant suprémaciste… aussi.
Une stratégie qui repose sur une dégradation de plus en plus insupportable de la situation du personnel de la maison-mère, aucun plan pour compenser les départs massifs des fonctionnaires, ni de recrutements pour rajeunir une moyenne d’âge très élevée…
En conclusion,
Vu le niveau d’endettement d’Orange supérieur à 22 milliards d’euros et la promesse de d’augmenter le dividende, la direction va continuer de presser l’entreprise et son personnel pour dégager un maximum de bénéfice et de cash, afin d’une part de financer les dividendes sans taper dans les fonds propres et d’autre part de s’offrir un bout de SFR !
Les salarié·e·s, les éternels oublié·e·s

Et les salarié·e·s dans tout ça ? On voit ce que pèse le DRH groupe dans la conception d’un plan stratégique : 3 lignes à la fin d’un communiqué de presse de 6 pages sur l’employabilité des équipes et rappelant la fierté des salariés !
Mais le slogan injonctif d’Orange « Trust the future » s’adresse-t-il aux salarié·e·s qui ont peu confiance dans leurs dirigeant·e·s ou aux agences de notation à qui il est proposé de faire confiance aux dirigeant·e·s pour dégager des dividendes et valoriser l’action Orange ?
En cela, ils auraient raison, car il faut reconnaître un certain talent à la direction pour essorer l’entreprise et ses salarié·e·s et faire cracher du cash et des dividendes, mais aussi des stock-options …
… Et des actions gratuites, mais pas pour tout le monde et à voter à la prochaine AG des actionnaires du 19 mai, au total le nouveau plan d’incitative à long terme (LTIP) prévoit que la bagatelle de 0,45% du capital social d’Orange pourrait être distribué chaque année entre
2026 et 2028 en actions gratuites, ce qui représente 48MEUR par an à se partager entre 1200 Leaders et Exécutifs du groupe !
Et l’état qui détient toujours près de 23% du capital d’Orange, n’a pas l’air de s’en plaindre. Mais on cherche toujours désespérément le projet industriel, d’innovation, de croissance et de partage de la valeur, qui mettrait les salarié·e·s au centre au lieu de les bousculer et les faire partir !
Après avoir lu les journaux où on trouve très souvent l’information avant les IRP, SUD est surpris de lire la présentation, ce matin, dans le journal les Echos, de la stratégie de l’externalisation de la technologie IA et Cloud, du savoir-faire Orange, de la technologie Orange, avant même les élue·e·s du CSEC.
Il faudrait que nous ayons une explication de cet oxymore : La souveraineté numérique-externalisée,
A l’étranger… Dans d’autres entreprises… C’est « étrange, contradictoire, incompréhensible», sans doute le nouveau leitmotiv d’Orange.
