Le 19 mai prochain se tiendra l’assemblée générale des actionnaires d’Orange. Jusqu’à quand allons-nous supporter sans rien faire cet écart grandissant entre l’Orange d’en haut et l’Orange d’en bas !
Des résultats Orange 2025 en trompe-l’œil
A défaut de mener une politique d’innovation ambitieuse à Orange, Christel Heydemann et son équipe ont innové dans la présentation des comptes en mettant en avant un nouvel indicateur comptable : « le résultat net ajusté ». Facile à comprendre, il suffit de retraiter le résultat net habituel en lui rajoutant les « ajustements » de charges qui pèsent sur le résultat. En 2025, en ajoutant au résultat net de l’exercice le montant de 1955M€ de provision sur l’accord GEPP (principalement le TPS), l’amortissement du démantèlement du cuivre et la perte de valeur d’Orange Business, la DG fait passer l’affichage du résultat net de 1,1 milliard d’euros à… 3,1 milliards d’euros ! Bien que les spécialistes ne se soient pas fait prendre par cet effet de manche (Boursorama et Zone Bourse titrent : « résultat net consolidé en baisse de 60,7% en 2025 »), l’action a quand même progressé autour de ces annonces, pour saluer le grand savoir-faire de l’équipe en place à générer et promettre du cash et du dividende ! En fait, dans le détail, le CA groupe d’Orange ne progresse que de 0,9%, tiré par la croissance en Afriqueou en Europe. Car, la baisse se poursuit en France (-2,1%, -377M€ !) ou à Orange Business (-4,8%, -367M€ !), 2 segments qui représentent plus de 60% du CA total du groupe ! Grosse ombre au tableau, l’endettement progresse à 22,5 milliards d’euros dont 2,4 milliards de dividendes dus aux actionnaires. Il représente plus de 6 mois de CA groupe et 3 ans du CA Afrique Moyen-Orient, ça fait un paquet d’Orange Money en Afrique ! Quant aux capitaux propres, sous l’effet d’un montant de dividendes 2 fois supérieur au résultat, ils baissent de plus de 2 milliards d’euros en 2025 !
On n’a pas d’idées, mais on sait faire du pognon
Mettons de côté cette désagréable sensation d’écouter un étudiant ou une étudiante de Sup de Co présenter un mémoire de stage de 2ème année, le nouveau plan stratégique scénarisé par Mme Heydemann ne recèle aucune surprise ou rupture par rapport au plan précédent et se résume très vite en une phrase du plan : « La création de valeur durable est la boussole du Groupe. Trust the future soutiendra une croissance profitable et durable, avec une accélération de la génération de cash-flow par rapport au plan Lead the Future. » En clair, Orange va continuer de se séparer de ses actifs non profitables, de réduire les coûts, de baisser ses investissements pour pouvoir augmenter l’EBITDAl, le cash-flow, et… les dividendes aux actionnaires ! Ce dividende représentera en 2028 une charge de plus de 2,2 milliards d’euros. (5,6% du CA 2025 !) versés aux porteur-ses ! Avec un endettement qui va continuer d’augmenter bien sûr…

La machine à cash
Comme le plan précédent, « Trust the future » est la poursuite d’une stratégie purement financière qui consiste à dégager de la trésorerie, des bénéfices et des dividendes aux actionnaires, et qui passe par la réduction de tout ce qui peut être réduit, faute d’augmenter le CA. Le groupe l’annonce : « le rendement attractif pour les actionnaires reste une priorité », avec un nouveau seuil annoncé pour le dividende à 0,85€/action contre 0,70€ en 2022. A titre d’exemple, en France est annoncé un nouveau plan d’efficacité ambitieux de**…800 millions d’euros !** Le plan le dit lui-même : l’excédent brut d’exploitation (EBITDAl) stable et la baisse des investissements (e.CAPEX) permettra d’augmenter le cash-flow opérationnel de 3% entre 2025 et 2028 ! Baisse du CA en France, Orange Business dans le rouge, le groupe compte sur la croissance en Europe et en Afrique-Moyen-Orient. En caricaturant à peine : si les africains pauvres et les diasporas africaines pouvaient augmenter leur usage d’Orange Money, ça pourrait permettre de compenser l’attentisme des dirigeants d’Orange France et les errances de la stratégie d’Orange Business, dont les dirigeants multiplient les plans de relance sans effets !
Le serpent de mer de la consolidation du marché français
Comme ses prédécesseurs depuis 10 ans, la gouvernance d’Orange, incapable de développer une stratégie de croissance en France, attend la consolidation du marché français, en clair que l’un des compétiteurs français coule et que les survivants se partagent le gâteau. La gestion catastrophique et court-termiste de DRAHI aura précipité SFR à la faillite. On comprend que Mme Heydemann fonde beaucoup d’espoirs, mais surtout sa stratégie, sur cette débâcle même si ses salarié.es en paieront les conséquences. Et vu le niveau d’endettement d’Orange supérieur à 22 milliards d’euros et la promesse d’augmenter le dividende, la gouvernance va continuer de presser l’entreprise et son personnel pour dégager un maximum de bénéfice et de cash, afin d’une part de financer les dividendes sans taper dans les fonds propres et d’autre part de s’offrir un bout de SFR !

Les salarié.es, les éternel.les oublié.es
Et les salarié.es dans tout ça ? On voit ce que pèse le DRH groupe dans la conception d’un plan stratégique : 3 lignes à la fin d’un communiqué de presse de 6 pages sur l’employabilité des équipes et rappelant la fierté des salarié.es ! Mais le slogan injonctif d’Orange « Trust the future » s’adresse-t-il aux salarié.es qui ont peu confiance dans leurs dirigeant.es ou aux agences de notation à qui il est proposé de faire confiance aux dirigeant.es pour dégager des dividendes et valoriser l’action Orange ? En cela, ils auraient raison, car il faut reconnaître un certain talent à Mme Heydemann et ses affidé.es pour essorer l’entreprise et ses salarié.es et faire cracher du cash et des dividendes ! Et l’Etat qui détient toujours près de 23% du capital d’Orange, n’a pas l’air de s’en plaindre. Mais on cherche toujours désespérément le projet industriel, d’innovation, de croissance et de partage de la valeur, qui mettrait les salarié.es au centre au lieu de les bousculer et les faire partir !